|
Avec des ami-es faisant du stop et prenant des auto-stoppeurs et des auto-stoppeuses, nous nous sommes questionnés sur cette initiative « d'auto-stop solidaire et sécurisé » lue dans « le trait d'union mensois » et sur ce qui nous gêne.
Auto-stop sécurisé
Un système comme celui-ci met l'accent sur la sécurité : « ça ressemble au stop, les risques en moins », « sécurisez vous par l'envoie d'un SMS », … En voulant rassurer les gens afin qu'ils prennent plus facilement des auto-stoppeurs et des auto-stoppeuses, cela contribue à alimenter les logiques sécuritaires et légiférantes, cela renforce les à prioris et la peur des autres. Le message que l'on retire de l'article est que l'on doit se méfier de l'auto-stoppeur lambda et que seuls celles et ceux faisant partie du réseau sont de confiance : « il fait partie du réseau, arrêtez-vous en toute confiance ».
Puis n'oublions pas qu'un monde où on tend à supprimer tout risque, parce qu'on y introduit des organe de "protection et de contrôle", c'est aussi un monde où les marges de liberté s'amenuisent considérablement.
Cadrer, légiférer
Pour faire partie de cette initiative, il faut faire tout un dossier, rentrer dans le cadre :
- être de Sud-Isère, les auto-stoppeurs et auto-stoppeuses de passage, restez sur le bord de la route !
- avoir une carte d'identité : comme ailleurs, les personnes qui n'ont pas de papiers français sont exclues.
- payer si tu es un auto-stoppeur ou une auto-stoppeuse, c'est gratuit pour « les conducteurs stricts ». Si tu dois économiser le moindre euro pour t'en sortir, le stop n'est plus fait pour toi.
- savoir à l'avance qu'on veut faire du stop : ne pas se retrouver en panne de voiture et tendre le pouce pour la première fois.
La convivialité
Dans l'article, l'accent est mit sur la convivialité: « ça ressemble au stop, les risques en moins, la convivialité assurée !». cette organisation se passe entre personnes d'un même territoire et avec lesquelles nous sommes « assurés » d'être en sécurité. Le fait d'avoir peur fait qu'on restreint nos libertés, on hésite à se donner des coups de main, à faire des rencontres insolites, à dépasser nos préjugés. La convivialité ne se crée pas en jouant sur la peur et la sécurité, en se refermant sur notre petit territoire et en cadrant tout cela.
Co-voiturage amélioré ?
Ce genre d'initiative donne l'impression de vouloir perfectionner le co-voiturage. Pourquoi ne pas penser le co-voiturage et l'auto-stop comme complémentaires, pourquoi vouloir faire un mélange qui déprécie les deux pratiques ? Si on a peur de faire du stop ou de prendre en stop, de ne pas arriver à l'heure à son rendez-vous, que l'on sait quand on veut partir et aller où, il existe le co-voiturage.
Le stop c'est d'autres choses :
- c'est un moyen de débrouille et donc c'est parfois au mauvais endroit ou mauvais moment.
- c'est toi qui fixe le cadre et tes limites et non une structure qui en fixe les modalités : tu montes dans les voitures que tu veux et si tu n'as pas confiance, tu exiges de descendre. De même, dans ta voiture, tu prends qui tu veux et quand tu en as envie.
- c'est trouver des stratégies d'auto-défense en cas de soucie, développer la confiance en soi pour plus de liberté.
- c'est être pris par des personnes incroyables ou prendre des personnes incroyables !
- c'est gratuit, il y a pas de contre-partie et c'est rare ! On prend des personnes en stop pour donner un coup de main et c'est tout.
- le stop n'a pas de garantie, on peut attende 20 heures au même endroit, ça fait partie du stop !
Comment aider le stop
Pour aider les pratiques de stop, nous avons quelques idées. Tout d'abord, discutons avec des personnes qui pratique le stop et ne pensons pas à leur place. Mais aussi, populariser cette pratique simple tout en cassant les préjugés et en invitant les gens à oser plus de choses pour plus de libertés. Construire des airs de stop bien placées, ce qui ne veut pas dire que nous ferons du stop toujours à ces endroits ! Faire des moment d'échanges sur nos pratiques de stop.
Alors regarder les panneaux d'affichages en septembre, on proposera une discussion sur nos pratiques de stop : quelles sont les bonnes heures pour faire du stop dans le Trièves ? ; comment on fait pour décoller de Lyon en moins de 2h? ; quelles sont mes stratégies de défense quand j'ai peur dans une voiture...
Petite anecdote des joies du stop :
Sur un coup de tête afin d'avoir une explication serrée avec une personne, j'avais décidé de prendre le train de 6h du matin à Clelles , puis de choper le train de Grenoble pour Nantes. Il y avait 20cm de neige sur la route et après avoir quitté la chaussée deux fois, on arrive au moment ou le train part... Pas le choix, je veux cette explication, j'ai mis toute mes thunes dans un billet « dernière minute », je décide de faire du stop pour rattraper le train a Grenoble. Je me mets à la station essence sur la nationale, et confiante, je tends le pouce sous la neige, dans la nuit noir à 6 h du mat'. Je fais des grands signes "help, help" pour que les voitures me voient et s'arrêtent, rien. Elles me voient, c'est sûr, elles ralentissent, puis accélèrent. Et merde, mes nerfs lâchent, je pleure en me disant que l'être humain est vraiment pourri...Je pleure d'autant plus que je sais que quand on a pas le super sourire, on nous prend encore moins! Ca y est, c'est foutu, j'ai plus le temps de rattraper mon train et j'ai pas le moral de tout faire en stop .
C'est là qu'arrive mon super héros, qui s'arrête, décide de m'amener direct à la gare, de prendre l'autoroute pour aller plus vite, de faire du 120 sur la nationale - c'est bien une des seules fois que je ne dis pas au conducteur de conduire moins vite ou de me laisser descendre. J'arrive 20mn avant le départ de mon train et je me dis qu'en fait l'être humain est merveilleux !
Claire, une auto-stoppeuse que vous prendrez peut-être !
Cet article fait référence à l'initiative présenté ICI
|